La marmotte collective

    J’ai travaillé trois ans comme agent de sécurité (sur appel) au centre-ville de Montréal. J’ai officiellement quitté mon poste pour retourner aux études. Dans les faits, j’ai quitté parce que je n’étais plus capable de supporter le traitement infligé aux itinérants. Ce n’est pas que les agents de sécurité sont méchants. La grande majorité d’entre eux sont des gens normaux dont le travail consiste essentiellement à assister le public. Ils seraient tout à fait heureux de ne travailler qu’avec un public « conventionnel ». 

      Le problème est que leur travail consiste essentiellement à tenir les itinérants à l’écart des lieux publics et que la majorité de ces itinérants le sont de manière chronique. Ils sont dans la rue parce qu’ils n’avaient aucune chance de finir ailleurs. Si vous interviewez les agents de la Place Ville-Marie, du 1 000 de la Gauchetière, de la Place Dupuis, du Complexe Desjardins, du Westmount Square... la réponse sera toujours la même. Ils vous diront que la majorité des itinérants qu’ils doivent «gérer» ont des troubles psychologiques. Oui, il y a des problèmes de drogues, mais la majorité des itinérants chroniques auxquels les agents ont affaire n’auraient jamais dû être laissés à eux-mêmes. (条件式:shoud have been)

     Et que peut-on faire, en tant qu’agent? S’ils résistent, on appelle la police. Les policiers que j’ai rencontrés (principalement du poste 22) étaient toutes d’excellentes personnes, attentionnées et consciencieuses. Mais que peuvent-ils faire? Les agents de sécurité envoient les itinérants aux policiers. Les policiers ne savent pas quoi en faire, alors ils les envoient aux urgences des hôpitaux, qui ne peuvent rien faire de plus et les retournent à la rue, où ils sont cueillis à nouveau par les agents de sécurité. Et le cycle recommence. Notre société ne veut pas payer pour avoir des institutions appropriées pour héberger ces gens, mais cela ne la dérange pas de payer pour que ce cycle vicieux continue. 

    Notre société préfère balayer ses problèmes en dessous du tapis, sans égard pour ceux que cela touche, directement ou indirectement. Ce qui est aberrant quand on sait que la majorité des gens auront à vivre avec des troubles psychologiques à un moment ou à un autre de leur existence. Notre marmotte collective refuse de voir son ombre... Il est vrai qu’elle n’est pas belle à voir.